Prince, I wish you Heaven

Prince day - I whish you Heaven - Une 4

Prince, mon Prince,

J’ai mis du temps à t’écrire. Des jours que je lis tout ce qui traîne. Des jours que je te regarde jouer, parler, rire, avec cette horrible sensation que je ne te reverrai jamais… Putain, mec j’ai été tellement en colère contre toi. Je t’en ai voulu. A mort. Ne ris pas. Tu m’énerves. J’étais tellement triste. Tu sais pas, toi, comme c’est dur de t’écrire parce que cette lettre, c’est accepter de te dire au revoir. Et c’est pas mon truc, les adieux…

Imagine le tableau, j’ai 30 ans. Je suis née avec « Purple Rain ». Ma mère t’écoutait en boucle quand j’étais un têtard intra-utérin. Je vois mes potes raconter la première fois qu’ils t’ont entendu mais moi je peux pas, simplement parce que je suis née avec toi. J’ai vu la couleur du ciel en 1985. Je ne me rappelle de rien de mes années 80, mais je me rappelle de toi. Mon oncle était déjà fan « à mort » quand je suis venue au monde. Il allait chercher des badges au marché aux Puces qu’il mettait sur mes fringues. J’étais en CP quand j’ai vu ton cul sur la scène des MTV music Award. Toi, avec ta combinaison jaune… J’étais choquée. J’étais fascinée. Je crois même que c’est à cet instant précis que je me suis jurée de toujours garder un œil sur toi. Toujours.

On était 15 à la maison. Je n’avais pas grand chose dans ma chambre mais j’ai toujours eu un walkman K7 (bah ouais, pas radio-K7, faut pas déconner…) parce que je ne dormais pas sans toi. Tu me berces depuis toujours. Mon oncle était obligé de se cacher pour venir te voir en concert parce que si je le surprenais : je pleurais.

J’ai grandi. Je ressentais ta musique et puis je me suis mise à comprendre ce que tu racontais dans tes chansons. La tristesse en écoutant « Sign O the Times ». Le choc en comprenant « Controversy ». C’est là que tu es devenu officiellement ma source d’inspiration. Tous tes mots étaient utilisés avec justesse. Cette harmonie entre le mot et le son… Putain, qui d’autre que toi sait faire ça ?

Mon oncle, ce fan suprême m’a toujours dit : »Tu es trop jeune pour venir en concert avec moi, mais je te promets que, quand tu auras 15 ans et que tu seras capable de courir et de mordre, je t’emmène. » A 15 ans, tu me fascinais encore plus. Et, comme promis, mon oncle, Kader, m’a emmenée avec lui. Je me suis retrouvée face à ton micro en concert, à Anvers un vendredi soir d’octobre. On a fait le trajet en voiture et j’ai loupé une journée de cours au lycée. Ma mère m’avait fait un mot où il y avait simplement écrit « Est partie à un concert de Prince ». C’est la première fois que la surveillante a fermé sa gueule. Ce soir-là, je t’ai vu pour la première fois. Toi, le mec plus petit que moi. Toi, le mec au physique particulier. Mais toi avec cette énergie qui souffle dès qu’on t’aperçoit. J’ai encore pleuré. Tu étais un des rêves de ma vie. Oui, te voir était Mon rêve.

J’ai pris ma Claque. La Claque la plus funky de toute l’histoire de l’humanité. Cette même tournée « One Nite Alone », en 2002, j’ai enchaîné avec le Zénith de Paris puis avec Rotterdam et tu m’as fait monter sur scène avec toi. Encore Kader, qui me pousse et Greg Boyer qui me pointe du doigt et qui me tend la main. J’ai 15 ans, je monte sur scène, je danse, jusque-là, tout va bien… Puis, tu te mets à coté de moi et tu me tends ton micro et moi qui parle à peine anglais tu me demandes de chanter devant tous ces gens.

Je suis en galère, tu me regardes et tu me dis « vas-y » et je chante de la merde. J’ai pris allemand première langue, mec. Je suis avec toi et c’est la première fois que je me rends compte du monde qu’il y a en face de moi. Je suis en train de me taper la honte devant des milliers de personnes mais tu m’encourages à n’avoir honte de rien à un âge où on a honte de tout. Je chante, faux, grave et tu me regardes en grimaçant. Je ris. Tu ris. Personne n’a rien vu. C’est un moment qui est entre toi et moi. Personne d’autre.

Tu vois, à ce moment-là, j’ai appris un truc que j’applique encore aujourd’hui. Oui, c’était l’affiche de ma vie mais qui se rappelle de moi ce soir-là ? Alors que j’étais sur scène avec toi, Prince ? Personne. Je me suis affichée comme ça ne m’arrivera plus jamais. A un âge merdique où tout peut devenir dramatique. Cerise sur le gâteau, je viens d’une culture où on a honte de beaucoup trop de choses et toi à cet instant précis, tu m’as appris à simplement vivre un moment de folie. Tu m’as appris à avoir les couilles de faire ce que je voulais. Tu m’as appris que le ridicule ne tue pas. Tu m’as appris que, dans la vie, tout est possible. Mec, ce soir-là, j’ai su qu’il fallait que je devienne comme toi…

Tu m’as appris le courage. Tu m’as appris l’insolence-intelligente. Tu m’as appris l’élégance. Tu m’as appris l’originalité. Tu m’as appris à aller à contre-courant même si j’étais seule. Tu m’as appris l’amour. Putain, tu m’as appris tellement de trucs… Toi, le noir-blanc qui s’en fout. Toi, le mec qui branle des guitares en string et porte-jarretelles et qui les emmerdes tous. Toi, le mec que le monde a tellement aimé détester. Toi, le mec que ça a bien fait marrer…

Prince, tu vas tellement me manquer. Tu rendais la vie tellement plus excitante. Toujours là quand on ne s’y attendait pas mais toujours là pour moi. Tu étais là a des moments où j’avais l’impression que le monde m’avait lâché. Tu me tenais la main à chaque étape. Tu étais là à ma naissance. Tu étais là à mon mariage. Tu as sorti un album à la naissance de chacun de mes enfants et je te le dis : tu seras là le jour de ma mort.

La mort. Depuis le 21 avril 2016, je galère à faire le truc que j’aime le plus au monde : écouter de la musique. Depuis gamine, chaque instant a un son. Je suis sûre que je peux trouver la musique qui jouait sur chaque moment important de ma vie. Et depuis avril, plus rien. Ecouter de la musique me faisait pleurer.

Pleurer parce que je sais que plus personne ne me fera ressentir cette Magie que je percevais quand je t’écoutais. Plus personne au monde ne sera capable de me faire ressentir le Ravissement. Ce truc qui me faisait presque léviter quand tu te mettais à jouer. Plus personne ne me mettra face à mes émotions. Plus personne ne me fera me sentir m’envoler en écoutant de la musique…

Tu était la Musique. Tu étais la Création. Tu parlais à mon Âme.

Depuis le 21 avril 2016, je me demande quoi faire de tout cet amour que j’ai pour toi. Je ne pense  pas être la seule dans ce cas-là quand je regarde les hommages se multiplier partout dans le monde. En fait, on cherche, en vain, à essayer de « te rendre » tout ce que tu nous as donné ces 30 dernières années… Je vais mieux depuis que je me suis rendue compte que j’ai transmis beaucoup de toi à mes enfants. Mes fils n’ont plus besoin de moi pour t’écouter. Tu es le point de départ de leur amour pour la musique. En bonus, j’ai surpris ma fille de 3 ans chanter « Purple Rain » sous la douche. Quand tu es parti, tous les trois m’ont dit : « Mais on ne le verra pas, alors ? ». Mec, mes fils ont pleuré, comme moi…

Il m’arrive encore de pleurer mais je ne suis plus en colère après ta mort, je suis émue par ta vie. Cette vie, tu l’as partagée avec moi et avec le Monde. Tu nous a tout donné. Tu étais une véritable source d’inspiration. J’ai jamais osé te le dire mais si j’ai choisi le chemin de l’écriture c’est grâce à toi. En te perdant, j’ai perdu ma Muse mais faut pas déconner, tu m’as aussi appris à me relever…

Alors je voulais t’annoncer un truc qui va te plaire : l’amour que tu nous as donné ne se divise pas, il se multiplie. Attention, c’est pas en écoutant les hommages merdiques et pseudo-grandioses que je dis ça, c’est plus quand je vois les hommages simples et spontanés. Tu as vu tous ces gens en violet à Brooklyn samedi dernier ? Tu as entendu ce qu’a raconté le prof de violon de mon gamin mercredi ? Tout le monde parle de toi. Tu manques au Monde…

Prince repose-toi maintenant. De toute façon, t’as plus le choix ! Avec tout ce que tu nous as laissé, on a encore toute la vie pour s’inspirer…

Je sais que tu n’aimes pas qu’on te souhaite ton anniversaire mais aujourd’hui c’est le Prince Day et je voulais t’offrir un truc. Prince, merci pour tout ce que tu nous as donné. Si tu savais à quel point je suis heureuse de t’avoir « connu » dans cette vie…même si je sais qu’on se croisera surement dans l’autre.

C’était ma petite histoire. Je te l’offre. Bon anniversaire.

Allez, il est temps de te lâcher.
Prince, I love you « au-delà de l’infini » and  I wish you Heaven.
Rest In Power…

A Kader. A Patrice. A tous ceux qui l’ont pleuré. 

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