My Dress My Choice : quand la mode devient un combat

my dress my choice - UneIl y a quelques jours, au Kenya, une femme qui portait une jupe et un débardeur s’est fait agresser dans la rue. Ce qui est terrible, c’est le motif : sa tenue n’était pas considérée comme décente… Parce que le fait d’être à plus de 10 hommes autour d’elle, de la toucher de partout et de lui arracher ses fringues, c’est décent ? On parle souvent de la mode en tant que produit de consommation, il est temps de parler d’un vrai débat de société, celui de la liberté de s’habiller comme on veut. Oui, Coco Chanel se battait pour pouvoir porter le pantalon et en 2014, des femmes se battent encore pour pouvoir porter une jupe. La preuve…

My Dress My Choice : l’origine

C’est parti d’où cette histoire… Il était une fois, une femme qui se promène dans la rue, là-bas, à Nairobi, capitale du Kenya. Elle porte une jupe qui a été qualifiée de « mini », jugement totalement arbitraire selon moi (…). Dans cette fameuse vidéo, on y voit la jeune femme se faire entourer par une dizaine, voire une vingtaine d’hommes qui tirent sur ses vêtements, allant jusqu’à les réduire en lambeaux. Bien sûr, elle se fait bousculer, elle se fait « tâter » -non, toucher n’est vraiment pas le bon mot…- elle se fait malmener pendant de longues minutes. On la perd de vue, un instant qui même à moi, en sécurité, derrière mon écran m’a paru durer des heures. Elle finit sans jupe et avec son top déchiré…

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Le truc, c’est qu’on est en 2014 et qu’on a internet. Voici donc l’équation : smartphone + Youtube = tour du monde ! On enchaîne avec les réseaux sociaux et le temps de battre trois fois des paupières, une manifestation s’organise via Facebook pendant que le hashtag #MyDressMyChoice voit le jour sur Twitter. Et là, on se rend compte qu’un sujet balourd, la mode, devient un véritable combat. Le constat est accablant : à notre époque beaucoup de femmes ne peuvent pas s’habiller comme elles veulent.

Ne tombons pas non plus dans le jugement stupide du genre « Ah mais quelle bande de sauvages ces gens-là, là bas! » J’ai lu une montagne de commentaires magiques de cet acabit un peu partout et je trouve ça aussi bête de sortir des conneries pareilles que d’arracher un bout de fringue à cette pauvre fille…Il me paraît évident que nous sommes face à une autre culture dont nous devons prendre en compte la notion de « pudeur » ou de « décence »…

ATTENTION, n’allez pas croire que j’excuse ces gros dégueulasses qui ont déshabillé cette femme de force. Là, on parle de Nairobi, une capitale. Allez voir à quoi ça ressemble, buildings, centre commerciaux et même… des occidentaux. Dommage que la vidéo ne soit plus en ligne mais on y apercevait d’autres femmes pas spécialement couvertes sans être indécentes pour autant. Pourquoi celle-là ? Je ne sais pas. Surement une réaction en chaîne due à une concentration d’abrutis. Ces mêmes hommes qui diront plus tard que c’était une « tentatrice » et qu’en gros, elle méritait son sort…Ah.

My Dress My Choice : l’habit fait le moine ?

Alors moi je me pose ces questions : qu’est ce qu’une tentatrice ? Comment peut-on mesurer la vertu d’une femme en fonction de la longueur de sa jupe ? Finalement, c’est pas toi, l’homme qui a un problème ? Est ce qu’il existe ce genre de jugement vestimentaire pour la gente masculine ? Cherchez bien.. et les gays, ça ne compte pas hein… La réponse est non. Il y a quelques années, les femmes se battaient pour pouvoir porter des pantalons. Aujourd’hui, on se bat à nouveau pour pouvoir porter une jupe, mais qu’est ce qui se passe ?

my dress my choice - Robert Alai

Pour contrer le mouvement #MyDressMyChoice un blogueur kenyan a sorti #NudityIsNotMyChoice… Bon, bon, bon, qu’est ce que j’ai envie de répondre à ce garçon. D’abord, pourquoi tu parles de nudité ? La dame s’est retrouvée presque nue à cause des mecs comme toi qui réagissent de façon disproportionnée et violente et c’est toi qui te permets de parler de violence ? C’est elle la coupable en plus ? Nan mais ta santé mentale, on en parle ?  « Si je veux marcher nu dans la rue, la rue a le droit d’avoir une opinion sur ma façon de m’habiller. Chez moi, pas de souci mais pas dans la rue. » (propos franceinfo.fr). Celui qui se considère comme le porte parole de la décence devrait revoir sa définition du mot opinion, je propose d’ailleurs de la revoir ensemble…« Opinion nom féminin, latin (latin opinio, -onis).Jugement, avis, sentiment qu’un individu ou un groupe émet sur un sujet, des faits, ce qu’il en pense : Exprimer son opinion au cours du débat. L’opinion des critiques.Ensemble des idées d’un groupe social sur les problèmes politiques, économiques, moraux, etc. : L’opinion française. », c‘est Larousse qui le dit.

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Avoir une opinion, c’est exprimer ce que l’on pense. Toutes les femmes ont connu cette tirade qu’on adore : « Eh Mademoiselle, vous êtes charmante. (Tu fais comme si tu n’avais rien entendu…) Azy, avec ta jupe tu t’prends pour qui, sale p*** ! » C’est moche mais ce monologue improbable, je l’ai entendu plusieurs fois. Il y a aussi les œillades lourdes, surtout quand tu sors de la gare à 23h… Pour parler franchement, il y a des endroits où je n’irais jamais avec une jupe. Trop compliqué, trop de risques d’être emmerdée, pas envie de passer un mauvais moment… Oui, même en France, les femmes subissent ce genre de choses même si, en règle générale, ça s’arrête aux mots qui blessent, ou pas… Ça, c’est l’opinion de la rue. En gros, ouvre ta grande bouche si ça te chante mais ne me touche pas. Opinion, enfin, je dirais plutôt de la frustration masculine, mais bon…

Ceci dit, depuis quand l’habit fait le moine ? Depuis quand porter un jeans et un col roulé t’empêche d’être une allumeuse ? Depuis quand porter une mini jupe fait de toi une biatch ? Cette femme est une tentatrice ? Parce que la voir à moitié nue ne t’a pas tenté davantage ? Alors voilà le constat, malheureux en 2014, t’es assez malin pour avoir un smartphone, te connecter à Facebook et pécho sur Tinder mais t’es pas assez évolué non plus pour accepter que les femmes se fringuent comme elles veulent. Bravo.

Photos de Laurence Guenoun

Une réflexion au sujet de « My Dress My Choice : quand la mode devient un combat »

  1. Ca me rappelle une histoire que j’ai vécu en Afrique au Congo mon pays d’origine, un jour je me promenais dans la rue avec un top laissant apparâitre mon nombril, je me suis fais, houspillé, traiter de tous les noms, les gens me disant qu’on n’était pas en France ici ! J’ai continué mon chemin sans trop faire attention à ces gens ! Puis quelques mètres plus loin, un militaire m’alpague, je ne calcule pas, je trace ma route, c’est en arrivant au bar de mon grand père que je me suis rendue compte qu’il me suivait ! Heureusement pour moi, mon oncle, un militaire haut gradé était là! Il a dit à cette personne de tourner les talons, ce qu’il a fait ! Heureusement que mon oncle était là car je me serais fait sans doute violer ! C’est triste en 2014 en Afrique, en Europe ou ailleurs de ne pas pouvoir être libre de porter ce que l’on veut sans subir le jugement des gens ou la frustration des hommes !
    Deltrey de deltreylicious blog mode et beauté

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