Florian Montas, acteur : « On s’habille comme on est »…

Florian Montas - Acteur - UneIl y a quelques mois, grâce à Laurence Guenoun, encore, je me suis retrouvée dans un jacuzzi en maillot, un mois de décembre, avec un mec aux grands yeux verts-bleus-gris-que-sais-je qui, en plus d’être beau, est a-do-rable. Je sais, tu es jalouse, toi, là-bas. Il s’appelle Florian Montas, il est acteur et il fait partie des rares personnes qui peuvent porter des fringues de l’espace sans être ridicule. Avec lui, j’ai voulu creuser la piste de cette fameuse beauté intérieure, se reflète-t-elle à l’extérieur ? Pour répondre à cette question, un comédien qui arrive à changer de peau le temps de la scène, c’est bien non ?

Bechra : Quand as-tu décidé de devenir comédien ? C’est une vocation cette chose-là…non ?

Florian : Depuis toujours. J’ai pas le souvenir d’avoir voulu autre chose. C’est mon rêve de gamin. Quand j’étais gosse ma mère m’a mis au foot et toutes les activités possibles : elle a tout essayé mais … non ! (Rires) Puis un jour, je me suis décidé à aller la voir et je lui ai dit : « Je veux faire du théâtre. » Je te raconte pas, je pensais qu’elle allait flipper ! Finalement non, elle m’a dit : « Ah d’accord ! » et j’ai commencé à faire du théâtre le mercredi après-midi. Dès que j’en avais l’occasion, j’ajoutais des cours. Au lycée, j’ai pris la filière art dramatique, c’était coeff 8. J’ai eu mon BAC grâce au théâtre, le reste des notes, c’était horrible ! (Rires) Mon parcours s’est fait tout naturellement.

Bechra : J’imagine que tu as joué des personnages totalement différents les uns des autres, comment tu arrives à passer d’un personnage à un autre mentalement ?

Florian : Je ne me suis jamais vraiment posé la question mais il y a une partie qui se fait instinctivement. Il y a aussi une partie qui s’apprend. Tu peux t’aider de tes expériences personnelles, de ton vécu mais, pour moi, le coeur du personnage c’est le texte. Après, t’as aussi des « méthodes ». Par exemple, Stanislavski –comédien, metteur en scène et professeur d’art dramatique russe- qui préconise, en gros, d’avoir vécu le truc pour bien le jouer. Donc, si tu dois jouer un SDF et que tu l’as jamais été, ben tu dors dans la rue et tu vis dans la peau d’une personne dans la rue pendant une semaine, après tu peux « retranscrire » ton vécu sur scène et être juste dans ce que tu joues puisque tu l’as déjà éprouvé. Heureusement, on n’est pas obligé de faire ça ! Il y a le metteur en scène qui t’aide, le texte. Le décor et les costumes aident énormément aussi.

Florian Montas - Acteur - 4

© Brice Hardelin

Bechra : Est ce que les personnages que tu incarnes te ressemblent ?

Florian : Oui, c’est clair !

Bechra : Merde, je suis vachement surprise ! Je m’attendais à ce que tu me dises un truc du genre : « Non, pas du tout, c’est ça l’défi »…

Florian : Ben dans chaque personnage que tu vas jouer, tu vas piocher dans ce que tu as en toi pour l’incarner. C’est toi qui donnes de toi, c’est ton interprétation alors c’est un bout de toi que tu offres à ton personnage. Tiens, regarde « L’hymne à l’Amour » d’Edith Piaf. Demande à une nana de 20 ans de la chanter et à une autre de 50 : elles n’auront pas du tout la même façon de l’interpréter ! Chacune chantera cette chanson avec son vécu, ce que le texte lui évoque, ses souvenirs. Quand tu joues un rôle, c’est pareil.

Bechra : Donc, si on suit ta pensée, tu penses que le mec qui incarne Dexter ressemble à Dexter…

Florian : Mais oui ! On a tous une part de Dexter en nous, une facette un peu sombre. Là tu m’vois, je suis une mec hyper doux et tout mais je peux être hyper vénère ! Ça arrive à tout le monde un jour ou l’autre de perdre totalement le contrôle. On a tous un peu de Dexter en nous, avec plus ou moins d’intensité mais c’est sur. Les personnages que tu interprètes viennent tous de toi, même les plus sombres, même si ce n’est qu’une facette de toi.

Bechra : Justement, en fonction du personnage que tu incarnes, y a-t-il souvent des changements physiques ? Tu as déjà eu à te « transformer » pour un rôle ? Le fait d’être physiquement différent t’aide à comprendre ce que tu incarnes ?

Florian : (Là, il me regarde comme si j’étais la reine des connes…) Bah… bien sûr que ça aide ! (RIRES…c’est la minute blonde) Nan mais, sans déconner, je me laisse pousser la barbe, je me laisse la moustache, je laisse pousser mes cheveux…J’adore parce que ça fait partie du personnage que je créé. Là, je joue une pièce qui se passe dans les années 1940, du coup c’est Gatsby style à fond. Après je fais pas dans les transformations extrêmes, on  ne me l’a jamais demandé non plus. Mais prendre 20 kilos pour un rôle, j’sais pas si c’est judicieux. Je veux dire, tu veux une personne ronde pour ton personnage ? Prends quelqu’un de rond, c’est plus simple ! Maintenant, on me propose un rôle où il faut que je le fasse, je pense que je le ferais par défi et si la raison est vraiment justifiée. Transformer mon physique me permet de vraiment rentrer dans mon personnage. Ça fait partie de son processus de création.

Florian Montas - Acteur - 3

© Sylvain Norget

Bechra : Tu as déjà joué une femme ? 

Florian : Femme, non. Travesti, oui. C’est pas pareil ! (dit-il, l’index levé, comme pour donner une leçon) On m’a souvent fait jouer en talons ! Nan, mais tu le vois pas là, mais j’ai des jambes de meuf. (RIRES !) J’te jure, c’est un truc de fou. Pis jouer en talons ne me pose aucun problème. Pour moi, la notion de confort quand il s’agit de fringues n’est pas du tout un critère de sélection. Du coup, les talons, j’adore ça ! Quand je joue en escarpins avec mes jambes et tout : les meufs ont la haine ! (RIRES et il a l’air fier de lui en plus…)

Bechra : Donc t’imaginer jouer un rôle à la Almodóvar ne te pose aucun problème…

Florian : Pas du tout ! Aucun problème. (Il rit…) Nan mais j’ai peur de ce que tu vas écrire !

Bechra : Du coup, est ce que tu penses qu’il y a une certaine cohérence entre ce qui se passe « dedans » et « dehors » ? Et niveau fringue : on se fringue comme on est ?

Florian : Pour la personnalité, je dis non : ce ne sont pas les gens les plus patibulaires qui sont les plus méchants. Regarde les faits divers, quand on découvre que notre voisin que l’on pensait être le père de famille parfait violait sa fille tous les jours et la séquestrait depuis 20 ans ! Les gens en disent souvent :  » Il était gentil comme tout ». Bon, tu vas te foutre de ma gueule mais j’ai travaillé un temps dans une salle de sport. Il y avait un mec hyper baraqué, genre grosse brute en cuir qui venait régulièrement. J’avais aussi comme client un petit papi tout gentil. Figures-toi qu’ils sont devenus amis et dès que Monsieur Baraqué ne voyait pas son petit Papi, il l’appelait pour savoir si tout allait bien. Ce mec au physique à faire froid dans l’dos était, en fait, hyper doux, gentil et attentionné, c’était surprenant !

Pour les fringues, c’est différent, ma réponse est oui : on s’habille comme on est. Bon, faut pas faire de généralités mais regarde un peu autour de toi : on porte ce que l’on est. Même les gens complexés par leur corps, ça se voit. Ils se cachent derrière du noir, des vêtements amples et même s’ils voudraient être autrement, le mal-être saute aux yeux. S’habiller, c’est une manière d’exprimer qui l’on est.

Florian Montas - Facebook

Bechra : Tu fais partie des gens qui n’ont pas peur de porter des fringues de l’espace… Et le pire, c’est que ça te va bien ! Comment tu fais pour ne pas être ridicule ? Comment se fait-il que tu choisisses des fringues pareilles ?

Florian : Nan mais tu t’fous d’ma gueule ?! C’est toi qui m’as demandé de mettre une fringue de l’espace ce matin ! (RIRES. Effectivement, vu que Florian a toujours une petite touche d’originalité dans sa tenue et qu’il m’avait confié être amateur de COURONNES DE FLEURS -hum, hum-, je lui avais clairement dit que je m’attendais  à le voir avec une « fringue de l’espace »… je ne m’attendais pas à ce qu’il me prenne au mot…) Tu sais, quand je fais du shopping ou quand je me sape le matin, je prends pas le premier truc venu en me disant « ça va le faire » ! Tout est étudié. Tu vois, là, j’ai mis mon petit chèche à étoiles dorées, ,d’abord parce qu’il est beau, ensuite parce qu’il vient de chez ASOS et que je savais que ça allait te faire plaisir (Et là, tu kiffes la petite attention et tu réponds « Oooooh », ce même « Oooooh » stupide de meuf qui sort tout seul). Même si j’ose certaines fringues, je ne me fous pas du tout de ce que je porte. Si quelqu’un me dit que ça ne me va pas ou que c’est moche, ça va me toucher.

Bechra : Aaaaah, qu’est ce qui va le plus te toucher « ça te va pas » ou « c’est moche » ? Parce que c’est pas du tout la même chose…

Florian : Pour préciser,  » c’est moche », je m’en fous. Après, c’est comme tout, tout dépend qui le dit, mais si j’aime vraiment, si j’en suis convaincu, je m’en fous. Mon look est étudié. Mes fringues, c’est ma protection, ça m’aide à affirmer ce que je suis. Est ce que je mets des fringues extravagantes pour attirer l’attention ? Peut-être, mais pas pour me cacher. Les fringues m’aident à me sentir plus fort. J’aime sentir les vêtements sur moi, je prends souvent des vêtements près du corps d’ailleurs. J’te le disais tout à l’heure, le confort, c’est accessoire pour moi. Je suis un grand fan de chaussures, j’aime les trucs bien lourds, avoir conscience de ce que je porte. C’est une sorte de petite armure pour me sentir plus fort, pas pour me protéger.

Florian Montas - Facebook 2

Bechra : T’es en train de dire qu’avec une gueule comme la tienne, tu n’as pas confiance en toi ? 

Florian : Mais pas du tout ! Je suis né avec cette gueule alors concrètement, je m’en fous. J’en ai conscience parce qu’on m’a souvent répété que j’avais de beaux yeux et tout, et tout mais on aura beau me le dire encore, je prends toujours les compliments comme si c’était la première fois.  Je me pose toujours la question de ce que les gens me trouvent et quand il m’arrive un truc positif, je me demande pourquoi moi ? Qu’est ce que j’ai de plus que les autres ? Après, j’assume complètement cette part en moi. Y’en a marre de lire des trucs ou les gens ne montrent pas leurs failles.

Bechra : On conseille souvent aux personnes timides, introverties et tutti quanti de prendre des cours de théâtre, c’est des conneries ? 

Florian : Pffff…Oui et non. Le théâtre, c’est pas une thérapie. Si t’as des problèmes profonds, va chez le psy. Le théâtre, c’est à double tranchant. Ça peut faire sortir tes failles comme ça peut t’aider à les exorciser. Finalement, tout dépend de qui te dirige. En cours de théâtre, j’avais un prof qui avait demandé à une camarade de classe de jouer la mort de sa mère. Il lui disait : « Imagine qu’elle t’annonce qu’elle va mourir. Qu’elle a une maladie grave ». La fille se met à pleurer : elle avait perdu sa mère d’un cancer. Il lui faisait revivre la mort de sa mère. C’est affreux. C’est du vécu, j’avais 17 ans quand ça s’est passé. Te confronter à tes peurs oui, ça peut aider mais ça peut aussi être dangereux.

Bechra : Bon, je crois bien que c’est l’heure de la question obligatoire, qu’est ce que tu penses de Bechra.com ? 

Florian : Je trouve qu’elle a le don d’interroger des personnes de qualité qui feront le succès de demain. Vas-y, vas-y : NOTE CA, c’est bien ça ! (RIRES…et il est fier de lui en plus…) Bechra.com, c’est humain et détaché. J’aime bien cet esprit « j’aime la mode mais ça va pas changer le monde ».  J’aime aussi le fait que tu assumes ton point de vue, même si ça va pas dans le sens du poil. Bechra.com c’est un regard différent et humain et ça te ressemble. C’est pour ça qu’on l’aime et je dis pas ça pour te faire plaisir. Tu es libre.

LES CANAILLES, de Lucas Olmedo

Mais mes enfants quel final ! La vérité, c’est que sa dernière phrase après celle-ci était « Tiens, ouais, on finit comme ça ! » mais ça en jetait moins que de finir sur l’avant dernière phrase. Alors j’ai fait comme au théâtre, j’ai fermé le rideau. Je ne sais pas vous, mais moi je me suis régalée. On a mis et pris beaucoup de temps pour réaliser cette interview. Des heures, mais ça valait le coup. Florian s’est livré sans fausse pudeur, me donnant franchement tout ce qu’il avait envie de me confier. J’ai été touchée, souvent et j’ai ri, beaucoup…Je vous épargne les selfies ratés ici, ils sont sur Instagram… Un énorme merci à Florian et plein, plein, plein de réussite.

Tu veux voir ses beaux yeux pour de vrai ? Tu es jalouse de moi ? Pourquoi tu vas pas le voir ? Son spectacle reprend dès le 7 mai prochain au Théâtre de l’Arlequin à Morsang sur Orge LES CANAILLES – MARIAGE ORTHOPEDIQUE- par Lucas Olemdo et la Compagnie Lluvia de Cenizas.

Photo de une :  © Laurence Guenoun

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